Enterrons le fossoyeur

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses !
Je me suis toujours fait un devoir d’enfouir mes sentiments au plus profond de moi-même.
C’est ma solution. Un sain mélange d’égoïsme, de timidité et de volonté de se protéger des autres. Ou un beau cercle vicieux, c’est au choix.
Je n’aime pas partager mes sentiments si je ne maîtrise pas la situation, je ne maîtrise jamais la situation parce que j’ai peur de la réaction des autres. Pour ne pas avoir peur de leurs réactions, autant fermer sa gueule et sourire. Jouer les muets a cet avantage qu’on ne prend aucun risque.
Au final, je ne partage vraiment qu’avec un petit groupe de personnes triées sur le volet. Et ça me demande encore une belle dose de motivation. Je suis passif de la vie, je parle assez peu, je me confie encore moins et finalement, je réfléchis beaucoup. Je ressasse mes idées la nuit, je construis mes phrases, je les note, et finalement je les écris et, quand je suis trop lâche pour parler, je communique par lettres interposées.
Mes relations amoureuses étaient toujours construites sur le même schéma : relation courte, pas d’engagement, pas de communication, bonjour, merci, au revoir madame, non on ne se rappellera pas. Un certaine forme de simplicité bestiale et primaire qui n’engage à rien, se construit facilement mais ne laisse qu’une coquille vide et des souvenirs pas très glorieux à éviter comme la peste le lendemain matin. Non j’peux pas rester j’ai besoin d’un rasoir tu vois… faut que je change de chemise … j’dois aller bosser… non.non.non.
Je n’ai jamais su faire que ça. Quand tes relations durent maximum quelques heures, quelques jours parfois, t’as le niveau affectif d’un CE1.
Je vis cette relation au “gut feeling”. Je merde pas mal, mais je dois réussir quelques beaux coups parfois puisqu’elle a la gentillesse de me supporter depuis un an. Je m’ouvre peu à peu, c’est souvent compliqué, c’est parfois douloureux mais j’en arrive parfois à raconter ma journée (chose la plus improbable du monde pour moi, partant du principe que c’est d’un ennui mortel et qu’elle a mieux à faire que de m’écouter raconter comment j’ai pondu un argumentaire ou un discours en quatre thèmes majeurs).
Hier soir, l’un de ceux avec qui j’arrive à discuter tout naturellement me parlait de lui et soulignait le doux bonheur d’être capable de tout partager, même les petits riens du quotidien.
Et, pour une fois, j’ai compris.
J’aime cette présence dans mon dos quand j’écris. J’aime partager ces moments que je pensais ne pouvoir faire que seul.
Mais je déteste toujours autant le téléphone.